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12.05.2008

Grandeur et décadence

La scène se passe à une époque reculée, dans un endroit inconnu... Les lieux, les dates sont peu importants, seule nous intéresse la nature humaine...

Pour l'ambiance musicale, cliquez sur "lecture".
Hein ?
Sur "play", quoi.

 

free music

 

 

« Ca fera 1 € 30 . »

Le chiffon passe rapidement sur la table en décrivant de petits cercles nerveux, puis se dépose la tasse surmontant sa sous-tasse, une vraie scène de David Vincent et les Envahisseurs. Le garçon devrait travailler chez Spielberg. (Ouh là, je crois que ce café va me faire du bien).
Il fait bon. Je lis le journal. Belle journée, vraiment, le Soleil brille. Pas trop de mistral.

J’aime bien ce journal. Un humble petit salut amical à l’un d’entre eux, qui a la chance, ou le mérite, la fierté, un peu de tout ça certainement, d’avoir un fils bourré de talent au sein d’un groupe de Jazz franchement pas dégueux et bourré d’humour, j’ai nommé les Karpatt. (je suis fan et pis c’est comme ça).
Deux personnes s’assoient, s’asseyent, s’assouillent, enfin elles viennent s’assire à la table adjacente, à l’hypoténuse de l’angle de la terrasse du café.
« - Tu te rends compte, …, je n’ai pas même pas eu de place, pas d’invitation, rien ! »
« -… »
« - Et c’était au Théâtre de la ville. La Scène Nationale. Aucune reconnaissance.»
Sa voisine, dont le sens de la répartie me laisse pantois, lui répond à nouveau : « -… ».
La première reprend :
« - Je le sens bien que ce n’est plus comme avant. Les secrétaires ne veulent plus rien faire pour moi ! Elles restent polies, mais elle me le font sentir. Ce n’est plus pareil, je t’assure, …. . »
« - Un petit café mesdames ? »
« - Non merci, un Perrier tranche. »
« - Une infusion pour moi. Tilleul verveine jasmin persil. »
Jamais.
Non, jamais.
Je comprendrai jamais qu’on puisse prendre autre chose qu’un café, une bière ou un pastis dans un troquet mais je me suis fait une raison depuis pas mal de temps… Faut être tolérant, mince à la fin. D’ailleurs, parfois, je prends un coca. Exprès, comme ça.
Ah, Jacqueline parle :
 « - Tout de même, tu n’avais pas à faire autant de cinéma, l’autre soir au théâtre (héhé, joli, Jacqueline*, cinéma, théâtre). J’y ai même entendu une réflexion de Mme Machin, tu sais l’ancienne élue à …… je sais plus quoi : dans le théâtre, elle disait à qui veut l’entendre qu’elle aussi paie dorénavant ses places, que c’est normal, et qu’elle n’en fait pas un drame. Et à la voir, elle semblait assez agacée de ton attitude.»
« - Mais chérie, tu ne peux pas me comprendre. C’est trop douloureux ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, « ils » veulent que je rende aussi ma place de parking ! Et voilà ! »
« - « Ils » ne te la laissent pas ?! »
« - Non. C’est horrible. Que vais-je devenir ? Comme il est triste, parfois, de comprendre que l’on est si peu de choses, que les gens vous tournent le dos. Tu sais, Jacqueline, les gens sont intéressés. Si si, les gens sont intéressés. Et je pèse mes mots ! Tu te donnes, sans compter, et on te jette, comme ça. J’en aurais pleuré. On t'abandonne comme une vielle chaussette.»
(Je pense à Perpignan. La chaussette. Je ne sais pas pourquoi.)
«- N’en sois pas aigrie, Monique*, tu as des gens qui t’aiment, la vie continue.»
« - Oui, heureusement qu’ils sont là. Tu sais Jacqueline*, j’ai tellement donné à ma ville. J’en suis fière… Aujourd’hui, je passe le flambeau, pour que d’autres continuent l’œuvre que j’ai commencée… Et voilà !»
C'est bizarre, j'avais entendu qu'elle, on l'avait plutôt ... "libérée".
« - Et tu connais être l’élu qui te remplace ? »
Les « Et voilà », ça me dit quelque chose...

Madame, moi je vous soutiens. Et je vous soutiendrai toujours. Même si je vous ai pas beaucoup vu ailleurs qu'en photo (là-oui) sur le journal.

Ouh là, z’avez vu l’heure ? Bon faut que je me sauve…
« Allez, à plus ! » 

Sur le chemin, je repense au fonctionnement du Théâtre, avec les subventions et les décisions qui vont avec, qui est en fait à la charge de l’agglo, depuis plusieurs années.
Devait le savoir, quand même la dame, elle y siégeait, au conseil municipal, quand la décision a été prise.

Allez, M’dame Monique*, 2 places par élu, 2 places pour tout ancien élu du conseil municipal de chaque ville de l’agglo, plus tous les élus et les anciens élus de l’agglo**, c’est ma tournée, le théâtre est grand !

monique

(joli chien-chien à sa mémère)

 

Au fait j'allais oublier : les Karpatt !

 

* noms imaginaires, désolé les moniques et jacqueline, il fallait bien en donner un.
** la-bas aussi il y avait une agglo! C'est le hasard de la coïncidence...