22.05.2008

Les crocottes aux chiens-chiens 3/5

Ma 1ère crocrotte ?

Aujourd’hui est un grand jour : dans ma super tenue, je vais me confronter à la réalité du terrain. Je vais au secours de la rue, la défense du trottoir se fera … sur le trottoir. (Hum, pas mal ça aussi, hé, niveau sagesse.)

Je commence à déambuler dans la rue direction centre ville, c’est là qu’il y a les plus grosses. Le secret d’une campagne réussie passera par des rondes organisées et systématiques des zones les plus bombardées. Qu’on se dise, le gabian va protéger vos rues, chers concitoyens.

 J’arpente un des quartiers de Sète les plus populaires, un de ceux dont on soupçonne la voirie d’en avoir abandonné la propreté, dans la rue Révolution, et là, et là, mes amis… 

free music

 

Un jeune, avec un rotweiller, ou un doberman, enfin ché pas, un gros chien. Yes. Peut-être mon premier bienfait, pour cette ville dont je suis si fier. Non, certainement ma première action en tant que B-A-C-M-A-N.

Je baisse ma visière, remonte mes lunettes noires d’un index dressé entre mes deux yeux, relève mon col, et me mets à suivre mon délinquant potentiel. Il se déplace, sur ses nike air, à coup sur confectionnées par de petites mains de moins de 6 ans, la démarche chaloupée, un coca à la main, le chien en laisse dans l’autre, pas de muselière le salaud en plus chui sur qu’il est dangereux.

Regard à droite, à gauche. Personne.J'emboite le pas de mon suspect de chien chieur. Une grosse bête comme ça, ça doit faire des étrons de cheval. Putain putain... 

Ruerevolution

On monte la rue Révolution, direction Square du Château d’Eau, pardon le square Simone Weil. Le blaireau, va faire chier son chien au square, les mômes vont faire des patés avec. Faut l’en empêcher ! Que font les municipaux, alors qu’un délit va se commettre sans délai !
On entre dans le square. Toujours personne. Si les choses dégénèrent, il n’y aura pas de témoin.

La tension monte. Elle est palpable. La chaleur moite qui règne aujourd’hui, le silence aussi, participent à cette ambiance fétide, et fécale.

Ca y est, le molosse stoppe, renifle à terre, relève la tête, la tourne vers moi, de ses yeux de tueur, sans autre expression que celle d’une bête dénuée d’humanité, la langue pendante, des gouttes en tombent (hi, bonjour l’hygiène encore une fois), dans l’idée fixe de répandre ses selles à portée de main de nos bébés, et sans autre envie que celle de salir nos derniers espaces libres de fientes de pigeon, dans l’espoir de corroder les tendres semelles de nos Converse ou mes nastases, fidèles parmi les fidèles.

Le maître s’arrête. Le salaud. Il a compris, son chien va chier. Complice de la bête, il va s’adonner à ce répugnant spectacle, en savourant le dégoût et la peur que son chien va créer chez les plus jeunes, la distension de ces sphincters les plus flasques et les plus obscènes qui puissent être montrés. Et je ne parle des énormes testicules, qui semblent subir à la foi une gravité supérieure à celle qui leur serait la mieux adaptée, et une oscillation qui donne souvent à l’homme un complexe bien ridicule et par projection une envie de sous-vêtements d’un meilleur maintien.

Dire que ces attributs, honteusement exposés à la vue de nos plus jeunes, attiseront des questions de nos touts petits, dont on sait qu’elles déboucheront forcément sur « Comment on fait des bébés ? », et c’est là, là, que la plus grande habileté sera nécessaire aux aînés, afin de ne pas créer de traumatismes fatals pour l’avenir que nous leur espérons.

Je l’observe, ce type. Je sais bien à quoi il pense. Il imagine déjà la petite mamie qui peut-être glissera sur ce chemin en pente, pour s’y fracturer le col du fémur. Un nouveau petit chemin de square va porter le nom d’une vénérable mémé d’origine italienne, qui a su élever ses huit enfants seule, son mari sur les bateaux. Et qui va mourir ces suites de ses blessures.
Mais c’est sans compter sur le gabian. Non, avant qu’il n’arrive malheur. Je dois intervenir…